Trente mille. C’est le nombre net d’habitants qui ont quitté Marseille entre 2015 et 2023, selon les données de l’Insee. Les loyers grimpent, le pouvoir d’achat patine, et la tension sur le logement ne se relâche pas. Dans certains quartiers, les écoles ferment déjà leurs portes ; ailleurs, elles peinent à accueillir les nouveaux venus.
Si les familles avec enfants ouvrent la marche, le mouvement s’élargit peu à peu à d’autres profils. Cette recomposition urbaine, loin de se limiter à une question de chiffres, s’enracine dans un faisceau de réalités économiques, sociales et écologiques, qui rebattent les cartes de Marseille, la deuxième ville du pays.
Pourquoi de plus en plus de Marseillais quittent la ville ?
Les données de l’INSEE sont sans appel : la population de Marseille diminue. La crise sanitaire a servi de révélateur. Contrairement à certaines idées reçues, la vague de départs massifs n’a pas déferlé, mais la mobilité résidentielle s’est accentuée, amplifiant des tendances déjà perceptibles. Plusieurs organismes, dont France Stratégie, le PUCA et POPSU Territoires, ont mis en lumière une logique de desserrement métropolitain : davantage de ménages s’éloignent du cœur urbain, sans pour autant tourner le dos à la ville.
La vision d’un exil généralisé vers le rural ne correspond pas à la réalité. À Marseille comme ailleurs, ce sont souvent des familles en quête d’équilibre entre travail et aspirations personnelles qui prennent la décision de partir. Le développement du télétravail a accéléré ce mouvement : avec plus de flexibilité, certains franchissent le pas vers la périphérie ou les villes moyennes environnantes. L’augmentation des loyers et la difficulté de trouver un logement adapté pèsent lourd dans la balance.
L’étude des flux migratoires montre une géographie contrastée. Les partants ne visent pas seulement les villages isolés, mais privilégient les zones périurbaines, les bourgs dynamiques ou les communes littorales facilement accessibles. Les analyses du PUCA et de l’INSEE confirment la diversification des profils : familles, retraités, jeunes actifs, télétravailleurs… Le terme d’exode urbain camoufle une reconfiguration des mobilités, souvent guidée par la recherche d’une vie plus agréable, sans renoncer aux atouts de la ville.
Entre inégalités, cadre de vie et environnement : panorama des causes majeures de l’exode
Au premier plan, la pression immobilière façonne le paysage. À Marseille, les prix s’envolent. Trouver un logement spacieux, doté d’un jardin, relève du défi. Pour les classes moyennes et les foyers les plus modestes, rester dans l’hypercentre devient souvent un parcours semé d’embûches. C’est cette réalité qui pousse des ménages à envisager d’autres horizons, entre choix et nécessité.
Le télétravail s’est imposé dans de nombreux secteurs, libérant certains actifs de l’obligation d’être au bureau chaque jour. Cela encourage la recherche d’un nouveau cadre de vie. De nombreuses familles lorgnent désormais sur les ceintures périurbaines, les villes moyennes ou les communes côtières, séduites par la perspective d’un quotidien plus serein. Les retraités, quant à eux, aspirent à la paix, loin des bouchons et du tumulte urbain.
Le besoin de nature et l’éveil écologique pèsent aussi dans la balance. L’espace, l’air pur, la proximité avec des espaces verts : autant de motivations concrètes derrière les départs. Les nouveaux arrivants restent connectés grâce aux infrastructures numériques, sans pour autant renoncer à une vie plus verte.
Reste la frontière entre mobilité choisie et mobilité subie. Certains partent par opportunité, d’autres y sont poussés par les circonstances économiques. Les études du PUCA et de l’INSEE mettent en avant cette variété de parcours : télétravailleurs, néoruraux, retraités, familles en transition. Une mosaïque de trajectoires qui redessine discrètement la ville, partagée entre attractivité et mécanismes d’exclusion.
Quels quartiers de Marseille sont les plus touchés par le départ de leurs habitants ?
Le phénomène ne frappe pas tous les quartiers de la même façon. Le centre-ville, en particulier, voit partir de nombreux habitants, surtout là où la pression immobilière se fait la plus forte et où les familles peinent à trouver leur place. Cela concerne les 1er, 2e et 3e arrondissements, mais aussi certains quartiers populaires, où la hausse des prix et la rareté des grands logements bouleversent la démographie.
En périphérie, la situation diffère. Les quartiers résidentiels des 8e, 9e et 12e arrondissements affichent une relative stabilité, voire une légère hausse, grâce à une offre immobilière variée et la présence d’espaces verts très recherchés. Là, le contraste est net avec les secteurs anciens du centre, où la densité et le vieillissement du parc locatif compliquent la vie des familles.
Les statistiques sur les inscriptions scolaires illustrent cette redistribution urbaine. Les écoles du centre-ville voient leurs effectifs fondre, tandis que la périphérie, mieux adaptée aux besoins familiaux, reste attractive. Le solde migratoire penche du côté négatif dans les quartiers historiques, alors que les couronnes périurbaines et les villes moyennes des environs accueillent une partie de ces habitants.
Voici les tendances observées dans les différents quartiers :
- Quartiers les plus touchés : centre-ville (1er, 2e, 3e arrondissements)
- Quartiers plus stables : 8e, 9e, 12e arrondissements
- Destination privilégiée : couronnes périurbaines, villes moyennes et zones rurales environnantes
Le marché immobilier reflète ces mouvements. Là où les départs se multiplient, la tension sur les prix se relâche légèrement, pendant que la demande se reporte sur la périphérie et au-delà. La transformation avance sans tapage, mais elle imprime sa marque, année après année.
Des pistes concrètes pour retenir les résidents et renforcer l’attractivité de Marseille
Redonner envie de rester à Marseille implique d’agir sur plusieurs leviers à la fois. La diversification de l’offre de logements s’impose comme une priorité. Il s’agit de proposer des solutions pour tous les types de familles, de rénover l’ancien, de soutenir la construction de logements dotés d’espaces extérieurs. Les collectivités locales, avec le soutien de l’État, disposent de ces outils pour limiter la pression sur les prix et répondre aux attentes nouvelles.
Il est aussi indispensable de miser sur le développement des tiers-lieux, des espaces de coworking et des manufactures de proximité. Ces endroits hybrides, où se croisent travail, services et convivialité, fidélisent les actifs et attirent des profils variés. Marseille, avec son tissu associatif et entrepreneurial, a tous les atouts pour accélérer cette dynamique.
La question de la mobilité reste centrale. Améliorer les transports en commun, renforcer les dispositifs de covoiturage et d’autopartage, sécuriser les pistes cyclables, valoriser la marche : chaque initiative compte pour faciliter les déplacements au quotidien et réduire la dépendance à la voiture individuelle. C’est une promesse de ville plus accessible, plus fluide et plus respectueuse de l’environnement.
Pour synthétiser les chantiers à explorer, voici les axes prioritaires :
- Multiplier les offres de logements adaptés et abordables
- Développer les tiers-lieux et espaces de coworking
- Diversifier les modes de transport pour une mobilité choisie
Marseille a les ressources pour inverser la spirale des départs. À condition de conjuguer innovation urbaine, mobilisation des acteurs locaux et adaptation aux attentes réelles de ses habitants, la ville peut redevenir un territoire de choix plutôt qu’un point de passage.


