L’indice des loyers commerciaux (ILC) est l’indicateur trimestriel publié par l’INSEE qui sert de référence pour la révision du loyer d’un bail commercial. Au 1er trimestre 2026, il s’établit à 135,26, en baisse de 0,45 % sur un an. Cette inflexion, après plusieurs années de hausses soutenues, modifie directement le calcul de la prochaine échéance de loyer pour les commerçants et artisans.
Clause d’indexation du bail commercial : ce que le locataire doit vérifier avant toute révision
La révision du loyer par l’ILC ne s’applique pas automatiquement. Elle suppose qu’une clause d’échelle mobile figure dans le bail, précisant l’indice retenu, la périodicité et le trimestre de référence. Sans cette clause, le bailleur ne peut pas imposer d’ajustement annuel fondé sur l’ILC.
Le point à contrôler en priorité est le trimestre de référence inscrit dans le bail. Si la clause mentionne un trimestre ancien, l’écart avec le trimestre de comparaison sera plus large, et la variation appliquée au loyer peut être sensiblement différente de la variation publiée sur un an glissant.
Un second piège concerne les clauses dites asymétriques, qui ne jouent qu’à la hausse. La jurisprudence récente de la Cour de cassation sanctionne ces clauses. Un commerçant dont le bail contient une clause excluant les baisses d’indice a intérêt à la faire examiner, car elle peut être déclarée non écrite.

Baisse de l’ILC en 2026 : impact concret sur le loyer commercial
La baisse de 0,45 % sur un an au 1er trimestre 2026 est le résultat d’un retournement amorcé fin 2025. Concrètement, un loyer révisé à cette date sera légèrement inférieur au loyer de l’année précédente, à condition que la clause d’indexation fonctionne dans les deux sens.
La formule reste la même quel que soit le contexte :
Nouveau loyer = loyer actuel x (nouvel ILC / ancien ILC)
Avec un ILC en recul, le ratio est inférieur à 1, ce qui produit mécaniquement une révision à la baisse du loyer. Pour un commerçant dont le loyer représente un poste fixe lourd, même une diminution modeste libère de la trésorerie mensuelle.
Fin du plafonnement à 3,5 % : une vigilance à conserver
Le plafond légal de 3,5 % par an sur la variation de l’ILC applicable aux révisions a pris fin le 1er avril 2024. Ce dispositif temporaire avait protégé les locataires pendant la période de forte inflation. Son expiration signifie qu’en cas de remontée de l’indice, aucun filet de sécurité légal ne limite la hausse du loyer.
La baisse actuelle de l’ILC ne doit pas masquer ce risque structurel. Un commerçant qui signe un bail aujourd’hui a intérêt à négocier un mécanisme contractuel de plafonnement, distinct du dispositif légal désormais caduc.
Loi de simplification de mai 2026 : mensualisation du loyer et trésorerie
La loi de simplification de la vie économique du 26 mai 2026 introduit une mesure directement liée à la gestion de trésorerie des commerçants. Le locataire d’un bail commercial peut désormais demander le paiement mensuel du loyer au lieu du paiement trimestriel à terme échu.
Cette disposition s’applique aux baux en cours, pas seulement aux nouveaux contrats. Les conditions sont les suivantes :
- Le local doit être destiné à une activité de commerce de détail, de gros, ou de prestations de services à caractère commercial ou artisanal
- Le locataire ne doit pas avoir d’arriérés de loyer ou de charges au moment de la demande
- Les sommes dues ne doivent pas faire l’objet d’une contestation préalable
Pour un commerçant, passer d’un décaissement trimestriel à un décaissement mensuel lisse la charge sur l’année. Combiné à une révision ILC en baisse, cela allège la pression sur le fonds de roulement de façon cumulative.
Encadrement renforcé de la clause résolutoire
La même loi encadre plus strictement la clause résolutoire en cas d’impayé de loyer. Le bailleur doit respecter de nouveaux délais avant de pouvoir agir. Ce point n’est pas anodin : un commerçant en difficulté temporaire de trésorerie dispose de davantage de temps pour régulariser sa situation.
ILC, ILAT ou ICC : quel indice protège le mieux la trésorerie du commerçant
L’ILC concerne les baux commerciaux des commerçants et artisans. L’ILAT (indice des loyers des activités tertiaires) s’applique aux professions libérales et aux activités tertiaires non commerciales. L’ICC (indice du coût de la construction) était l’ancien indice de référence, progressivement remplacé par l’ILC.
- L’ILC intègre trois composantes : l’indice des prix à la consommation, l’indice du chiffre d’affaires du commerce de détail, et l’indice du coût de la construction. Cette pondération le rend plus représentatif de l’activité commerciale réelle
- L’ICC ne reflète que les coûts de construction, sans lien avec l’activité économique du locataire. Sa substitution par l’ILC dans les anciens baux est possible sous certaines conditions
- L’ILAT suit une logique similaire à l’ILC mais avec des composantes adaptées au secteur tertiaire. Un commerçant dont le bail mentionne l’ILAT par erreur subit un indice qui ne correspond pas à son activité
Le choix de l’indice se fait au moment de la rédaction du bail. Vérifier que le bail mentionne bien l’ILC (et non l’ICC ou l’ILAT) est un réflexe à avoir avant toute signature ou renouvellement.
Renouvellement du bail et choix de l’indice
Au moment du renouvellement, le bailleur et le locataire peuvent modifier l’indice de référence. Si l’ancien bail mentionne encore l’ICC, le renouvellement est l’occasion de basculer vers l’ILC. La loi Pinel de 2014 a rendu l’ILC obligatoire pour les nouveaux baux, mais les baux antérieurs en cours peuvent encore fonctionner sur l’ICC.
La tendance baissière de l’ILC en 2026 donne au locataire un argument concret pour demander la substitution de l’ICC par l’ILC lors du renouvellement, puisque les deux indices n’évoluent pas de la même façon.
Le contexte actuel, entre baisse de l’ILC, fin du plafonnement légal et nouvelles dispositions sur la mensualisation, crée une configuration où la lecture attentive du bail compte autant que le suivi de l’indice lui-même. Un commerçant qui connaît le trimestre de référence de sa clause, qui a vérifié la symétrie de l’indexation et qui a demandé la mensualisation du loyer dispose de trois leviers concrets pour stabiliser sa trésorerie face aux variations de l’ILC.

